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Etat Unis

Mercredi 7 décembre 2005 3 07 /12 /2005 10:57
L'accord signé mardi en Roumanie est la première étape de la nouvelle stratégie décidée par l'Administration Bush en août 2004.

DES MILLIERS, des dizaines de milliers, même, de boys rentrant au pays. Le rapatriement, décidé par Washington, d'importantes unités basées en Europe pourrait apparaître comme un repli, un réflexe isolationniste. Dans l'esprit des stratèges du Pentagone, c'est tout le contraire. Pas de retrait, mais redéploiement stratégique pour s'adapter aux nouvelles menaces, le terrorisme essentiellement.


Qualifiée d'«historique», la signature hier d'un accord offrant des facilités aux forces américaines en Roumanie est emblématique de ce mouvement. D'un glissement de la «vieille» à la «nouvelle Europe». L'annonce de ce redéploiement avait d'ailleurs été interprétée par certains, en août 2004, comme une volonté de l'Administration Bush de punir la fronde des alliés historiques, qui refusaient de la suivre dans l'aventure irakienne. Vrai et faux à la fois.

Des arrière-pensées économiques

Vrai, car il y a bien chez Donald Rumsfeld l'intention de ne plus être entravé par des contingences politiques, de limiter la dépendance par rapport à des alliés difficiles à gérer diplomatiquement. La guerre contre Saddam Hussein, en 2003, a servi de leçon. La Turquie avait mis son veto à l'utilisation de son sol comme base arrière pour les opérations dans le nord de l'Irak. A l'inverse, les pays d'Europe de l'Est s'étaient montrés excellents camarades. Prenant le contre-pied de la France et de l'Allemagne, ils avaient signé les fameuses «lettre de Vilnius» et «lettre des Huit», soutenant la position américaine. Certains d'entre eux se trouvent aujourd'hui récompensés.


Faux, car ce redéploiement américain découle d'une réflexion de fond lancée bien avant le 11 Septembre, dans les années 90. «Rumsfeld n'a fait qu'accélérer tout cela, commente Etienne de Durand, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Il s'agit d'un projet très ambitieux, qui prendra de longues années et coûtera très cher. Nul ne peut d'ailleurs dire où l'on en sera dans dix ans. C'est l'héritage de la guerre froide que Washington solde aujourd'hui, pour passer à une posture globale. L'idée maîtresse est de se rapprocher au plus près des zones de crise (*).» Donc du pourtour du «grand Moyen-Orient».


L'heure est donc au désengagement des zones de déploiement traditionnel – l'Europe occidentale et l'Asie du Nord-Est – pour multiplier les avant-postes aux frontières du chaos. Les forces américaines en Europe vont passer de 112 000 hommes aujourd'hui à quelque 50 000. Un certain nombre d'unités lourdes, comme deux divisions déployées en Allemagne, vont être rapatriées aux Etats-Unis. Elles seront remplacées par des unités plus légères, mobiles, dont la flexibilité permet une projection plus rapide.


Des forces notamment équipées du nouveau blindé léger Stryker, étrenné en Irak. «A ce redéploiement correspond une grande réforme de l'armée de terre, commente Etienne de Durand, il s'agit de casser les grandes divisions pour les répartir en brigades déployables de manière autonome.»

Les nouvelles bases américaines seront désormais divisées en trois catégories principales :

– les MOB (Main Operating Bases), qui correspondent aux anciennes grandes bases comme celle de Ramstein en Allemagne ou Aviano en Italie. Des installations clés dans toutes les dernières crises, balkaniques ou moyen-orientales.


– les FOS (Forward Operating Sites), des postes avancés aux portes des zones de crise. Les unités, plus légères, y seront déployées dans le cadre de rotations de six mois. Elles s'y entraîneront avec les armées locales. A la différence des bases traditionnelles, les familles ne suivront pas, ce qui réduira d'autant les coûts.

– les CSL (Cooperative Security Locations), installations qui ne seront activées qu'en cas de besoin et dont la maintenance pourra être assurée par des forces locales ou des entreprises privées.


S'il répond à des objectifs stratégiques et politiques, ce redéploiement militaire américain n'est pas dépourvu d'arrière-pensées économiques. Les pays d'Europe de l'Est, déjà incités par les normes Otan, sont des clients potentiels pour l'industrie d'armement américaine. En 2003, la Pologne a ainsi acheté des avions de chasse F 16, au grand dam des Européens, Français ou Suédois notamment. Juste après la signature de ce joli contrat, George W. Bush, en visite à Varsovie, avait déclaré : «Je n'ai pas de meilleur ami en Europe que la Pologne.»

Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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Jeudi 8 décembre 2005 4 08 /12 /2005 17:36
L'homme était soupçonné d'avoir une bombe • L'affaire relance le débat sur la sécurité aérienne

Pour la première fois depuis le 11 septembre 2001, les policiers de la sécurité aérienne américains, les « air marshals », ont abattu un homme qu'ils soupçonnaient de cacher une bombe dans sa sacoche.

Rigoberto Alpizar, un Américain de 44 ans, a été descendu à l'aéroport de Miami, en Floride, après avoir refusé d'obéir aux injonctions de deux policiers. Quelques secondes plus tôt, il avait maugréé des menaces et lancé qu'il avait une bombe dans son bagage à main. Comme deux air marshals tentaient de l'interpeller, Rigoberto Alpizar s'est enfui sur la passerelle.

« L'équipe (de policiers) l'a poursuivi dans la passerelle et lui a ordonné de se coucher à terre, a expliqué à Miami une porte-parole du département à la Sécurité intérieure. A ce moment, il a semblé vouloir atteindre son bagage à main. Et conformément à la formation des policiers de l'air, ils ont agi de manière appropriée et c'est alors qu'il y a eu des coups de feu. »

Plusieurs passagers, interviewés par la chaîne locale WTVJ TV, ont décrit un homme en train de courir et une femme, présentée comme son épouse, dans un état hystérique.

Selon Mary Gardner, une des passagères, l'homme courait en descendant l'allée et une femme le suivait en hurlant « mon mari, mon mari ! » « Il a commencé à courir comme un fou dans l'allée. Il courait de manière frénétique, agitant ses bras», a-t-elle raconté à la télé. « J'ai entendu la femme dire que son mari était maniaco-dépressif et qu'il n'avait pas pris ses médicaments. J'ai vu la femme, je pense qu'elle était anglophone, les cheveux blonds, elle était hystérique. »

Un responsable du Federal airmarshal service à Miami, James Bauer, a confirmé la mort d'Alpizar mais aucune information officielle n'a été donnée sur son état de santé mentale.

Dans la banlieue d'Orlando, où le couple habitait et travaillait, les voisins interrogés par les médias américains décrivent un homme paisible et souriant. «Rigo était un gars très calme, déclare un ancien employeur, Charles Baez, à la WTVJ. « C'est très étrange qu'il ait fait une chose pareille. On ne sait jamais ce qui se passe dans la tête des gens, mais il m'a toujours paru normal. »

Aucune bombe n'a finalement été trouvée dans son sac ni à bord de l'avion. « Il n'y a pas de raison de croire actuellement qu'il y ait un lien avec le terrorisme » a expliqué le responsable fédéral.

Aux Etats-Unis, l'affaire relance le débat sur la sécurité aérienne, alors que la semaine dernière, l'administration Bush a annoncé un allégement de certaines mesures de sécurité à bord des avions. Selon Jon Adler, un haut responsable des forces de police américaines cité par le Washington Post, la mort d' Alpizar « montre que le programme de la police de l'air doit être renforcé ». Le nombre des air marshals est passé de 33 à plusieurs milliers depuis 2001.

Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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Vendredi 9 décembre 2005 5 09 /12 /2005 12:29
Expert en climatologie, il a été viré par George W. Bush parce que “trop efficace”.

Il n’est pas facile d’amener la communauté scientifique internationale à s’entendre sur un sujet. Les météorologues n’ont pas la même vision du monde que les géologues, et les pays en développement n’ont pas les mêmes priorités que les pays industrialisés. Et pourtant, Robert Watson, un Américain né en Angleterre, a réussi à faire travailler ensemble les scientifiques de la planète. Dans les années 1980, il a convaincu des chercheurs d’unir leurs efforts pour étudier la détérioration de la couche d’ozone.

Puis, en tant que président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC ou IPCC), il a appliqué les mêmes talents à l’étude du réchauffement de la planète. En 2001, le panel a publié une étude financée par 120 pays, la première du genre. La conclusion en était simple mais accablante : l’homme a déjà produit un réchauffement important de la planète, et la situation ne peut que s’aggraver. Il ressortait de cette étude que la température de la Terre devrait augmenter d’au moins 10 degrés d’ici à 2100 et que le niveau des océans devrait s’élever de 89 centimètres.

Pour toute réponse, le gouvernement Bush a tué le messager. Après la publication de l’étude, le groupe pétrolier ExxonMobil a envoyé à la Maison-Blanche une note l’invitant à se retirer du panel des Nations unies. Quelques mois plus tard, Watson a été remplacé sans ménagement par un représentant un peu moins bruyant. “L’administration Bush l’a viré parce qu’il était trop efficace. Que Robert ne puisse plus jouer son rôle est une vraie perte pour l’humanité”, constate avec amertume le Pr Michael Oppenheimer, spécialiste des sciences de la terre à l’université Princeton. Son éviction n’a cependant pas réduit Watson au silence.

Aujourd’hui, chercheur en chef auprès de la Banque mondiale, il travaille avec les pays en développement pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et sensibiliser les responsables aux risques d’inondations et d’épidémies qu’entraîne le réchauffement. Et, bien qu’il soit dans le collimateur de l’administration Bush, il fait valoir que les démocrates du Congrès ont eux aussi refusé d’imposer des objectifs de réduction des gaz à effet de serre. “D’ailleurs, si demain le président Bush décidait d’imposer une limitation, serait-il suivi par le Congrès ? La réponse est non”, estime-t-il avec regret.
Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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Mardi 13 décembre 2005 2 13 /12 /2005 18:03

Condoleezza Rice est donc venu jouer en Europe « beaucoup de bruit pour rien ». C’est un flop. Elle n’a fait qu’étendre les inquiétudes et les condamnations de pratiques intolérables, dans une Europe qu’on découvre transformée en territoire mis sous dépendance américaine et où l’on peut, sans avoir de compte à rendre, installer en secret des prisons dans huit pays (selon une enquête du Washington Post), faire transiter des centaines de vols de la CIA, et couronner le tout par un mensonge sur l’absence de tortures dans ces centres de détention.

Tout serait permis si le but est d’obtenir un renseignement

Comment les États-Unis ont-ils pu se lancer dans une telle aventure sans en mesurer les conséquences ? La réponse figure noir sur blanc dans le document fondateur de la doctrine des néoconservateurs, le Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC). Leur conception du « leadership américain global » les a conduits, après la conquête de la Maison-Blanche, à considérer que rien ne pouvait s’opposer à leurs aventures de maîtres du monde. Il n’y a plus pour eux de frontières, de limites au pouvoir de la nouvelle superpuissance. Ils ont placé les États-Unis au-dessus des lois internationales, lançant la guerre en Irak au mépris de l’ONU.

L’usage de la torture est l’un des avatars barbares du dogme. Elle a fait l’objet d’une attention particulière afin de permettre à George Bush, le commandant en chef, de se prétendre délié de tout engagement international. Cinq jours après le 11 septembre 2001, Dick Cheney demandait à un groupe de juristes du ministère de la Justice de mettre au point un texte légitimant la torture. Il était présenté le 2 août 2002 à George Bush sous la forme d’un mémorandum de 50 pages examinant « les possibles oppositions qui permettraient d’écarter toute déclaration affirmant que certaines méthodes d’interrogations violent le statut » des conventions de Genève. Comment les violer donc ? Selon ces experts, celles-ci ne condamneraient que « les conduites les plus extrêmes ». Le mémo en question qui était destiné à rester dissimulé dans les tiroirs de la Maison-Blanche sera publié en entier sur le site Internet du Wall Street Journal et du Washington Post au printemps 2004. Si la personne qui se livre à un « interrogatoire agressif », c’est le terme repris ces jours-ci par Condoleezza Rice, « ne le fait pas dans le seul but de faire souffrir, mais pour obtenir un renseignement » tout est permis, y est-il écrit. Le président peut donc agir à sa guise sans craindre les réactions de l’opinion. Ce qu’il fit immédiatement, donnant l’ordre au Pentagone et à la CIA de lâcher les bourreaux d’abord à Guantanamo, puis à Abou Ghraïb. Le secret ayant été éventé par les images envoyées par les interrogateurs sûrs de leur impunité, par les témoignages des détenus libérés parce qu’ils n’avaient rien à voir avec al Qaeda (voir ci-contre), et enfin par les fuites surgies des services eux-mêmes, le flagrant délit est établi. Les États-Unis se sont délibérément mis hors la loi internationale.

Le ballet sinistre des avions

et des bourreaux

On trouve dans cette construction juridique de l’illégalité une des raisons qui ont conduit le « commandant en chef » à externaliser en Europe des centres de la CIA qu’il espérait plus discret pour continuer les « interrogatoires agressifs ». Les prisonniers étaient envoyés en Égypte, en Syrie (pourtant vouée à la condamnation des « États voyous ») où les polices locales se chargeaient du sale boulot. Les avions de la CIA livraient aussi les corps à mutiler en Thaïlande, au Maroc (qui démentent), en Indonésie, en Afghanistan, dans les Émirats arabes unis, en Arabie Saoudite, en Grande-Bretagne. Dana Priest, qui publia ces révélations dans le Washington Post le 2 novembre, indique qu’on lui a demandé de ne pas nommer les pays européens hébergeurs pour ne pas embarrasser leurs gouvernements. Mais, selon Human Rights Watch, il s’agit de la Roumanie et de la Pologne, qui nient officiellement, et sans doute d’un État balte.

Ainsi commença le ballet sinistre des avions et des bourreaux. Les « extraordinary renditions », que Condoleezza Rice a justifié en Europe, oubliant que cette pratique est clairement interdite par les conventions de Genève. Les avions de la CIA ont effectué 427 vols en Europe, selon Amnesty International, et plus de 600 en tout, selon Der Spiegel. Selon l’association américaine Human Rights Watch, il restait au moins 26 « prisonniers fantômes » dans les sites noirs, à l’arrivé de la secrétaire d’État en Europe. Ils auraient été envoyés dans le désert d’un pays d’Afrique du Nord, vers d’autres prisons secrètes.

L’externalisation demeure la règle. Dès le début, Guantanamo avait été placé hors de la juridiction américaine. Il fallait surtout que le crime soit commis ailleurs, là où les lois des États-Unis sur le sort des prisonniers ne pouvaient formellement s’appliquer, les témoignages publics devant un tribunal américain n’ayant pas manqué de soulever la réprobation. Là encore, le calcul a fini par échouer. Bush et son équipe doivent faire face à un texte proposé par le sénateur républicain John McCain (lire ci-contre) exigeant de la CIA l’abandon de la torture, texte qui a été approuvé par le Congrès. Les manoeuvres du vice-président, Dick Cheney, pour que McCain abandonne ou vide sa proposition de tout effet pratique, se sont heurtées à un mur. Le chantage au veto du président n’a pas fait reculer McCain. Des généraux, dont Colin Powell, lui ont apporté leur appui. Et la polémique s’étend.

un empire américain ivre de

sa superpuissance

Un centre de formation à la torture se trouve à Fort Bragg, la plus grande base militaire des États-Unis. Il a été la semaine dernière le théâtre d’une manifestation symbolique de pacifistes pour demander sa fermeture. Ce genre d’enseignement aux traitements barbares des prisonniers ne date pas des lendemains du 11 septembre 2001. Dès la guerre de Corée dans les années cinquante une formation spéciale fut programmée. Elle continua durant la guerre d’Indochine et les guerres menées en Amérique latine, au Guatemala, au Honduras, au Salvador, au Chili, en Argentine, et fut codifiée dans un manuel établi en 1967, révélé dans le New York Times, le 21 septembre 1996, sous le titre le Manuel de l’horreur (lire page 4).

Il demeure un instrument au service d’un empire américain ivre de sa superpuissance, qui ne connaît plus que la loi de jungle au nom de « la promotion de la liberté et de la démocratie » au-delà de ses frontières, selon les dogmes du Projet pour un nouveau siècle américain. C’est la mission civilisatrice de la droite américaine dans un monde dont elle prétend assurer le leadership, à la « satisfaction » des ministres européens du Pacte Atlantique réunis pour lui demander des explications sur tant de mensonges. Complices de la barbarie.

Jacques Coubard

Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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Mercredi 14 décembre 2005 3 14 /12 /2005 16:40
Le Pentagone dispose d'une banque de données secrète qui laisse penser que l'armée américaine recueille probablement des renseignements sur les Américains hostiles à la guerre en Irak. Il surveille de près les manifestations pacifistes, selon NBC.

Cette banque de données répertorie à ce jour 1500 "incidents suspects" survenus aux Etats-Unis sur une période de dix mois, notamment une quarantaine de réunions ou de manifestations pacifistes, dont certaines visaient les efforts de recrutement de l'armée, a rapporté mardi la chaîne de télévision NBC.

Selon la chaîne, cette banque de données constitue le premier signe tangible du renforcement de la collecte de renseignements par le Pentagone aux Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Les Américains se méfient de toute surveillance des mouvements pacifistes depuis la guerre du Vietnam, époque où le Pentagone avait espionné des organisations de défense des droits civiques, des mouvements pacifistes ainsi que des personnalités.

Le Congrès avait tenu des audiences à cet égard dans les années 1970 et recommandé la fixation de limites strictes à l'espionnage militaire sur le territoire des Etats-Unis.
Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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Vendredi 16 décembre 2005 5 16 /12 /2005 18:55
L'Agence nationale de sécurité américaine (NSA); plus importante agence d'espionnage du pays, a placé sous écoutes sans injonction judiciaire plusieurs centaines voire milliers de personnes aux Etats-Unis depuis 2002, rapporte vendredi le "New York Times".

Après les attentats du 11 septembre 2001, le président George W. Bush a autorisé la NSA à intercepter les conversations téléphoniques et courriers électroniques de plusieurs centaines voire milliers de personnes sur le territoire américain sans l'autorisation de la justice, précise le quotidien.

Avant cette date, l'Agence nationale de sécurité limitait la surveillance intérieure aux ambassades et missions étrangères et avait besoin d'une injonction judiciaire pour de telles investigations. A l'étranger, entre 5.000 et 7.000 personnes soupçonnées de liens avec le terrorisme sont surveillées à un instant donné.

Le porte-parole de la Maison Blanche Scott McClellan a refusé vendredi de confirmer ou de donner des détails sur ces informations. "Après le 11 septembre, le président s'est engagé à faire deux choses", a-t-il rappelé. "D'abord, qu'il allait faire tout ce qui était en son pouvoir légalement pour protéger le peuple américain et sauver des vies. Ensuite, qu'il allait rester totalement déterminé à soutenir notre constitution et protéger les libertés civiles du peuple américain. Et il a fait ces deux choses", a-t-il assuré.

Le "New York Times" dit avoir interrogé près d'une dizaine de responsables passés ou actuels de l'administration sur ce programme. Selon des sources gouvernementales, celui-ci aurait permis de déjouer plusieurs complots terroristes, dont celui d'Iyman Faris, un chauffeur routier de l'Ohio qui avait plaidé coupable en 2003 d'avoir soutenu Al-Qaïda dans une tentative de détruire le pont de Brooklyn à New York.

Mais certains membres de la NSA qui s'interrogeaient sur sa légalité ont refusé d'y participer. Des interrogations qui ont conduit l'administration à suspendre temporairement ces écoutes l'an dernier et à imposer de nouvelles restrictions. La publication de l'article du "Times" a été reportée d'un an sur demande de la Maison Blanche pour ne pas porter préjudice à la lutte contre le terrorisme. Certains passages ont même été supprimés par crainte qu'ils ne soient utilisés par des terroristes présumés.

Caroline Fredrickson, directrice du bureau législatif à Washington de l'Union américaine des libertés civiles (UCLA), a précisé que l'organisation avait été "choquée" d'apprendre que "l'administration était allée aussi loin dans la violation des libertés civiles américaines". AP

Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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Samedi 24 décembre 2005 6 24 /12 /2005 11:37
Après quatre années de docilité parlementaire, le président, moins populaire, s'est heurté en 2005 à un Congrès qui pense aux élections de mi-mandat en novembre prochain.

GEORGE W. BUSH avait fini l'année 2004 sur un nuage. Elu sans contestation (cette fois) pour un second mandat, il pensait pouvoir compter sur sa solide majorité républicaine à la Chambre des représentants et au Sénat pour parachever un ambitieux programme de réformes, allant de la privatisation du système des pensions à un renforcement des pouvoirs présidentiels, en passant par la pérennisation des allégements fiscaux. Aujourd'hui, il bat en retraite sur presque tous les fronts.


Le président ne parle plus de son projet de comptes épargne individuels pour les pensions, après une campagne aussi effrénée que vaine pour convaincre une opinion devenue méfiante à l'égard de Wall Street. Le vote qui rendrait permanentes des réductions d'impôts pour les plus gros revenus est remis à plus tard et promet des débats houleux alors que le déficit budgétaire explose et que les coupes claires dans les dépenses sociales donnent des munitions à l'opposition démocrate ragaillardie. Quant aux pouvoirs de l'exécutif, trois récents revers au Congrès, sur l'Irak et la lutte antiterroriste, viennent d'en rappeler les limites.



Ce fut d'abord l'amendement McCain au Sénat pour condamner les interrogatoires et le traitement inhumains des détenus soupçonnés de liens avec al-Qaida dans les prisons de la CIA. Bush a dû pactiser avec le sénateur républicain, ancienne victime de la torture au Vietnam, et signer son texte après avoir menacé d'y opposer son veto sous la pression du vice-président Dick Cheney. Au même moment, le représentant John Murtha, un «faucon» démocrate qui avait soutenu l'invasion de l'Irak, jetait un pavé dans la mare en appelant à un retrait des troupes.

Une humilité inhabituelle


Dans la foulée, le Congrès adoptait une résolution demandant à la Maison-Blanche de le tenir régulièrement informé de l'évolution de la situation sur le terrain et de ses objectifs. Hier, Bush annonçait le rapatriement d'Irak de deux brigades. Mais surtout, le président avait, dans une série de discours précédant les législatives irakiennes, considérablement changé de ton, reconnaissant avec une humilité inhabituelle des erreurs dans les renseignements sur la présence d'armes de destruction massive et reconnaissant la difficulté de la tâche à accomplir.


Alors qu'il pensait pouvoir tirer gloire d'un nouveau pas dans la consolidation de la démocratie en Irak, nouvelle justification officielle de l'intervention, l'affaire des écoutes électroniques dans la traque aux terroristes a gâché la période des fêtes pour George W. Bush. Un article du New York Times (nos éditions de lundi) a révélé que la surveillance avait été étendue à des communications domestiques, sans l'autorisation judiciaire requise ni notification en bonne et due forme du Congrès. Celui-ci organisera des auditions en janvier pour déterminer si le président a agi dans la légalité.


Il n'en fallait pas plus pour faire échouer le renouvellement de la loi antiterroriste, dite «Patriot Act», qui arrive à échéance le 31 décembre. Très controversée en raison des menaces qu'elle présente pour les libertés, elle a finalement été prolongée d'un mois seulement, alors que le président voulait une reconduction immédiate et indéfinie du texte.


Autre revers : le rejet par le Sénat d'une clause autorisant les forages pétroliers dans l'Arctique, qu'un sénateur de l'Alaska avait rattachée au budget militaire. Et si la Chambre Haute a fini par voter 40 milliards de réduction des dépenses sociales sur les cinq prochaines années, il a fallu que le vice-président Cheney interrompe sa tournée en Irak et en Afghanistan pour faire pencher la balance, en tant que président d'honneur du Sénat. Seule sa voix a permis de départager les 50 suffrages pour et 50 contre, alors que les républicains ont 55 sièges sur les 100.


C'est là la preuve que George W. Bush est non seulement confronté à des démocrates plus unis que jamais depuis cinq ans, mais aussi à des républicains modérés qui pensent aux élections de novembre prochain. Même les plus conservateurs prennent leurs distances, sur des sujets comme l'immigration notamment, avec un président qui a perdu de son aura et qui, lui, n'affrontera plus les électeurs.

Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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Samedi 24 décembre 2005 6 24 /12 /2005 11:51
Un juge américain a décidé que le concept de "dessein intelligent" devait être extirpé des programmes d'éducation, alors que c'est sur cette invention que les chrétiens conservateurs, une des bases électorales de George W. Bush, essaient de promouvoir leurs idées dans les établissements scolaires. Un revers pour les réactionnaires, mais une victoire pour l'intelligence, selon la presse américaine.


   
    La création du Monde, de Michel-Ange - DR    
       
"Aujourd'hui, les chrétiens conservateurs qui dominaient il y a peu le bureau de l'éducation de l'école de Dover, en Pennsylvanie, doivent regretter leur témérité, eux qui ont voulu imposer l'enseignement du 'dessein intelligent' dans les classes de biologie comme une alternative à la théorie de l'évolution. Ils ont non seulement été virés du dit bureau de l'éducation [instance représentative qui oriente les contenus éducatifs] en novembre dernier, mais un juge fédéral vient de déclarer leur initiative anticonstitutionnelle et ordonner à l'école de Dover d'abandonner l'enseignement du 'dessein intelligent' dans les cours de biologie", constate The New York Times dans un éditorial.

"Une décision intelligente", affirme le Los Angeles Times, qui décrit ce concept de "dessein intelligent" comme "l'idée que la vie est si complexe qu'elle a dû être créée par une intelligence supérieure", intelligence supérieure que "les défenseurs de cette théorie du 'dessein intelligent' se gardent bien de nommer, même s'ils pensent que cette intelligence supérieure est Dieu", ajoute le NYT.

"La décision du juge Jones, le mardi 20 décembre, ne s'appuie sur aucune jurisprudence", remarque The Washington Post. Et ne nous y trompons pas, reprend le Los Angeles Times, "ce jugement n'empêchera certainement pas les zélateurs du 'dessein intelligent' de continuer à essayer d'infiltrer les programmes scolaires". Mais, "la décision du juge Jones présente l'intérêt d'être claire et argumentée", poursuit le Post. Et, remarque le New York Times, "le juge Jones ne peut être soupçonné d'être un activiste libertaire, lui qui émarge depuis longtemps au Parti républicain et a été nommé par George W. Bush".

"Le juge Jones relève que les défenseurs du 'dessein intelligent' n'évoquent jamais clairement Dieu et emploient un langage à résonance scientifique, mais qu'ils défendent cependant des thèses religieuses", continue le Washington Post. "Ce concept fournit une explication surnaturelle à des phénomènes naturels, ce qui est dans l'essence une approche non scientifique, non vérifiée et, de fait, non vérifiable. En outre, quand le bureau de l'éducation de Dover a décidé d'imposer cet enseignement, les membres qui l'avaient défendu n'ont pas caché à l'époque qu'ils le faisaient pour des motifs religieux. 'Il est amusant', note le juge, 'que ces personnes qui clament haut et fort leurs convictions religieuses en public se soient senti obligées de tricher et de mentir devant la cour afin de cacher leurs intentions réelles dans le domaine scolaire'. Or, a rappelé le tribunal, la séparation de l'Eglise et de l'Etat ne tolère pas le prosélytisme religieux dans les écoles publiques. En conséquence, le 'dessein intelligent' ne peut et ne doit pas y être enseigné."

Pour autant, le LA Times ne se fait pas d'illusions : "Tout comme la vie sur la planète, le prosélytisme pour l'enseignement à l'école publique de croyances religieuses – généralement, d'ailleurs, des croyances chrétiennes – n'est pas en voie d'extinction. Il va donc continuer d'une manière ou d'une autre", et l'expression "dessein intelligent" va céder la place à autre chose, de même nature mais sous d'autres mots.

Or, estime l'éditorial du Los Angeles Times, "la science ne prouve ni ne nie le rôle d'un pouvoir divin dans la nature ; c'est simplement une question qui ne l'intéresse pas, car elle relève du domaine de la religion ou de la philosophie, tout comme la notion de 'dessein intelligent'". Un point de vue que ne partage pas du tout The Christian Science Monitor, qui argumente que "nul aujourd'hui ne peut tracer une limite claire entre ce qui est scientifique et ce qui ne l'est pas. Toute la philosophie des sciences du XXe siècle a essayé de fixer une telle limite, et elle a échoué".

Pour autant, tempère le quotidien chrétien, "il ne faut effectivement pas enseigner le 'dessein intelligent' dans les classes de biologie. Non pas parce que c'est faux dans l'absolu, mais parce que c'est un concept très faible au niveau scientifique. Or, dans des classes de science, il faut enseigner les théories qui ont fait leurs preuves, pas celles qui reposent sur quelques éléments épars et sans force."

En cela, juge le quotidien britannique The Guardian, "l'interdiction d'un concept aussi pauvre dans un cursus scolaire est une excellente chose. Car laisser planer le doute sur la théorie de l'évolution avec des arguments fallacieux est chose grave. Certes, en science rien n'est jamais sûr, mais si la théorie de Darwin a été revue, corrigée, améliorée depuis la parution, en 1859, de De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, s'il y a de nombreuses discussions au sein de la théorie, celles-ci ne portent pas sur la notion même d'évolution, totalement acceptée par la communauté scientifique et vérifiée quotidiennement, ne serait-ce qu'avec les mutations des bactéries qui deviennent ainsi résistantes à certains antibiotiques."

"Le 'dessein intelligent' est le produit d'une idée très ancienne : la nature semble si parfaite qu'elle ne peut être le produit du hasard. Et pourtant, c'est le cas ! Et la théorie de l'évolution est aussi solide que la théorie newtonienne sur les déplacements des solides. Elles ne sont pas sûres, mais ce sont elles qui nous amènent au bureau chaque jour, en Australie, et même sur la Lune."

Son confrère britannique The Economist note même que la théorie de l'évolution est probablement la théorie la plus fructueuse du XIXe siècle. "On a souvent en mémoire qu'elle favorise 'la survie du plus fort' - alors que ce mot est d'Herbert Spencer et pas de Darwin - mais en réalité l'avancée la plus spectaculaire du darwinisme moderne est d'avoir identifié que la collaboration et la confiance étaient au cœur de l'évolution humaine, et pas simplement la concurrence et la compétition."

Et que ces deux comportements humains, concurrence et coopération, "soient également au cœur de l'activité économique est sans aucun doute une ironie du sort. Car la lutte entre égoïsme et altruisme est sans fin et sans vainqueur. Il n'est donc pas étonnant que le pays le plus capitaliste de la planète, les Etats-Unis, est aussi celui où l'on trouve des gens pour prétendre que l'évolution n'existe pas."

"Parmi les trois grands concepts nés au XIXe siècle - le darwinisme, le marxisme et le freudisme -, le deuxième est mort douloureusement, le troisième glisse doucement vers sa fin, le premier est de plus en plus fort, et nous réalisons chaque jour à quel point il a forgé notre humanité. Et c'est là sans doute une pensée pleine d'espoir pour entrer dans la nouvelle année."
Par Takana - Publié dans : Etat Unis
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