Football . La Fédération italienne de football va finalement ouvrir une enquête après le salut fasciste adressé dimanche à ses supporters par le capitaine de la Lazio, Paolo Di Canio.
La première fois, en janvier dernier, son salut fasciste à l’adresse des supporters de la Lazio lui avait valu 10 000 euros d’amende. Cette fois, quelle sanction prendre à l’encontre du capitaine de la Lazio Roma, Paolo Di Canio, coupable du même geste, retransmis à la télévision, lors du match contre Livourne dimanche dernier ? Surtout quand l’intéressé, alors que des institutions juives italiennes se sont émues, déclare « si maintenant nous sommes aux mains de la communauté juive, c’est la fin ».
S’il risque en théorie une amende, voire une suspension pour un ou quelques matchs, le pouvoir sportif ne semble pas prêt à saisir le taureau par les cornes, en dépit des récentes affaires de racisme et de violence dans les stades italiens. La semaine dernière, un match de Coupe d’Italie entre Naples et l’AS Roma a donné lieu à des bagarres qui ont fait quinze blessés. Franco Carraro, le président de la FIGC, s’est borné à réclamer des joueurs, dirigeants et tifosi, plus de « sobriété ». Une mollesse qui s’explique par le contexte politique à droite estime l’universitaire Stefano Pivato. Il enseigne l’histoire contemporaine à l’université d’Urbino (1).
Que signifie, selon vous, ce deuxième salut fasciste lancé par Di Canio, est-ce d’abord un salut « fasciste », ou simplement « romain », comme certains le soutiennent en Italie ?
Stefano Pivato. C’est d’abord un geste crétin. Un geste qui offense, dans un pays qui a subi des lois raciales, qui a subi la dictature mussolinienne. Mais surtout, plus que « romain », je dirais que c’est un geste purement de la Lazio. Les supporters de ce club sont traditionnellement de droite, et certains d’extrême droite. Les « Svastika », la nostalgie de Mussolini s’affichent volontiers dans certaines parties des tribunes. Tout cet attirail contribue à alimenter un climat de violence, c’est extrêmement grave. Surtout qu’il me semble que cette affaire prend plus de relief à l’étranger qu’en Italie... Il faut bien mesurer que la droite italienne n’est ni la droite allemande, ni la française ou la britannique : elle gouverne actuellement avec des ex-néofascistes. Cette anomalie est gommée dans l’opinion en raison du parcours de l’Alliance nationale, qui depuis dix ans est parvenue à anesthésier le public. L’autre aspect, et je crois que peu de gens l’ont noté, c’est que c’est une infraction à la législation : l’apologie du fascisme est prohibée par la Constitution italienne.
Les réactions politiques en Italie témoignent bien de la politisation assumée du geste de Di Canio...
Stefano Pivato. L’actualité du fascisme est une réalité dans le débat politique du pays, à droite. Ignazio La Russa, le président des députés de l’Alliance nationale, a par exemple réagi en disant « chacun peut saluer comme il l’entend ». Bien sûr que non ! Paolo Di Canio est un personnage public, qui incite à la violence, c’est tout : combien d’Italiens en réalité se reconnaissent dans son attitude ?
Mario Pescante, le ministre des Sports, a plutôt réagi mollement, en estimant qu’il avait retourné le problème dans tous les sens, sans trouver de solution à la violence. L’intrusion de la politique dans les stades est-elle une nouveauté ?
Stefano Pivato. Non, la politisation des supporters en Italie est loin d’être une nouveauté. Les franges des supporters de la Lazio sont plutôt marquées à droite, celles de l’AS Roma (en réalité, les supporters de la Roma habitent souvent les faubourgs), à gauche, tout comme celles de Livourne, comme on a pu le voir lors du match de dimanche dernier, le geste de Di Canio était aussi à l’adresse de ces supporters-là, une forme de provocation de Di Canio qui a désigné Livourne, lors d’une interview à une radio, comme un « fief rouge ». Ce sont des formes d’identification étranges d’ailleurs, si l’on songe que le club finalement le plus populaire en Italie, la Juventus de Turin, est celui des premiers des capitalistes italiens, les Agnelli...
Que peut faire le pouvoir sportif ? Après les insultes visant le joueur noir de Messine, Marc Zoro, la Fédération italienne de football s’est contentée, en guise de protestation, de faire débuter les matchs avec cinq minutes de retard... Là, elle annonce une enquête...
Stefano Pivato. Si le pouvoir sportif déclare publiquement son impuissance, ce qui entre nous est grave, je crois que c’est à la justice ordinaire de réagir. Lorsqu’il y a apologie du fascisme, et c’est le cas, c’est aussi simple que cela : c’est un délit manifeste.
(1) Auteur de les Enjeux du sport, collection XXe siècle, Casterman-Giunti.
Entretien réalisé et traduit par Lionel Venturini


